Évrard Adrien François Joseph Wittert naît à Liège en 1823 et descend d’une famille hollandaise qui a compté, au XVIIIe siècle, un bibliophile dont l’importante bibliothèque fut vendue. Son père, officier d’artillerie au service des Pays-Bas, épouse en 1822 la fille d’un notaire liégeois. Établi à Liège, Wittert père se rallie à la Belgique, à la suite de la Révolution de 1830.

Dès sa jeunesse, Adrien Wittert commence à réunir la collection à laquelle il consacrera sa vie et l’essentiel de ses importantes ressources financières. Bibliophile et collectionneur compulsif, il achète livres, estampes, dessins, objets anciens et tableaux. Il publie également, en dilettante, des travaux d’historien davantage fantaisistes que scientifiques. La volonté d’élargir son champ de prospection le pousse à quitter sa ville natale, pour s’installer à Bruxelles en 1873. La collection d’Adrien Wittert, devenu baron à la suite du décès de son père en 1880, s’accroît à tel point que son hôtel particulier de Saint-Joose-ten-Noode ne suffit plus à abriter son patrimoine. Wittert finit par annexer une maison voisine et meurt, sans descendant direct, le 14 avril 1903.

Soucieux du sort de sa collection, Wittert avait pris le soin de rédiger en 1894 (20 avril et 12 octobre) un testament stipulant ses volontés : « Toutes mes collections de livres, gravures, dessins, tableaux, objets d’art appartiendront à l’État belge pour l’université de Liège ». Les termes de ce testament sont très précis et témoignent de l’attachement profond du baron à sa ville natale : « Cette donation est faite à la condition de conserver à Liège, à l’usage de tous, ces objets. Autrement, mes héritiers ou leurs descendants pourront toujours les réclamer. […] je donne à l’université de Liège, pour la ville de Liège et tous ses habitants, toutes mes collections de livres, gravures, dessins, tableaux, objets d’art. […] Comme cette donation est faite surtout pour la ville de Liège et ses habitants, je donne à tout Liégeois le droit de réclamer son exécution ». Adrien Wittert accorde également des droits à ses héritiers ou descendants : « Ma famille devra surtout veiller à l’exécution et à la conservation de ces donations et pourra toujours réclamer les dons faits à Liège, si on cherchait à les détourner de cette ville. Et pour assurer leurs droits, mes héritiers payeront solidairement en or une rente annuelle et perpétuelle à deux pour cent de mille kilos de froment de première qualité au prix moyen de l’année. […] Plus tard, les héritiers qui auront payé pendant les dix dernières années cette rente pour l’augmentation et la conservation de mes collections pourront seuls réclamer les objets détournés de Liège ».

Peu après la mort du mécène, l’Université accepte le legs et entre en possession d’un héritage évalué à 20 000 volumes, dont 117 manuscrits, de nombreux incunables et éditions anciennes ou rares, 25 000 dessins et estampes, plus de 100 de matrices en cuivre, une cinquantaine de tableaux, certains remontant aux XVe et XVIe siècles, et près de 150 objets d’art et de curiosité. Conformément au souhait d’Adrien Wittert, le produit de la rente a longtemps été affecté à l’achat d’estampes principalement de graveurs liégeois (Gilles Demarteau, Adrien de Witte, Auguste et Jean Donnay et François Maréchal), de manuscrits et de livres anciens. En 1931, ce revenu est converti en argent (11.000 francs) pour finalement se transformer en peau de chagrin, à la suite du rachat de la rente par l’État en 1938. Notons qu’aujourd’hui, les manuscrits et incunables relèvent des fonds patrimoniaux de ULiège Library.

Les tableaux
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12013 wittert

        Anciens Pays-Bas, Diptyque satirique, huile sur bois, 58,8 x 44,2 cm, 1520-1530, inv. 12013 (photo Guy Focant, 2019).

En dépit de la qualité et de l'intérêt historique de la plupart d'entre eux, aucun des cinquante et un tableaux de la donation Wittert n'est de la main d'un grand maître ; il s’agit généralement d’œuvres d’atelier ou d’épigones d’artistes connus, de copies d’époque, voire de faux du XIXe siècle.

Collectionneur invétéré, Adrien Wittert aurait acheté ses tableaux selon l’opportunité du moment. Des panneaux aux qualités artistiques évidentes côtoient ainsi des pièces dont l'intérêt est moindre. Il est clair que les critères d'appréciation du siècle passé n'ont plus rien de commun avec les nôtres. Une simple parenté de style, un simple détail faisaient aisément attribuer un tableau à un grand maître, d'autant que les amateurs de l'époque ne possédaient pas les moyens d’investigation actuels.

La collection présente une certaine homogénéité : la plupart des supports sont en bois et l’iconographie religieuse - mariale, en particulier - est dominante. Il semblerait, par ailleurs, que Wittert ait fait réencadrer et restaurer certains de ses panneaux. Fréquentes au XIXe siècle, ces restaurations abusives sont telles que, dans certains cas, il ne reste que très peu d’éléments de la composition initiale.

Les premiers travaux d’envergure concernant des tableaux de la collection Wittert remontent aux années 1980. Si certaines pièces ont fait l’objet de nombreuses recherches - notamment grâce au concours de l’archéométrie - d’autres sont encore totalement vierges de toute étude.

Découvrez une sélection de tableaux Wittert

Les estampes
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 Albrecht Dürer, Le rhinocéros, xylographie, 21,2 x 29,9 cm, 1515, inv. 170.

Wittert fut surtout un collectionneur d'estampes très avisé. Si la période couverte s'étend du XVe au XIXe siècle, ce sont essentiellement les gravures anciennes qui participent à la renommée du fonds. Les écoles flamande, allemande, hollandaise, française, italienne et liégeoise sont largement représentées notamment par des œuvres de Bruegel l'Ancien, Lucas de Leyde, Martin Schongauer, Albrecht Dürer, Andrea Mantegna, Rembrandt, Jacques Callot, Gilles Demarteau ou encore Michel Natalis. Notons également un nombre très important de planches éditées par les Anversois Jérôme Cock et la famille Galle.

Il semble que Wittert ait entretenu des relations privilégiées avec Heinrich Georg Gutekunst, célèbre marchand d’art établi à Stuttgart ; en témoignent, notamment, des courriers annexés à quelques épreuves. Les marques de collections présentes sur certaines planches nous donnent d’autres indices quant à la manière dont Wittert se fournissait. Bien informé de la tenue d’importantes ventes publiques en Allemagne essentiellement mais également à Bruxelles et à Londres, il y a acquis nombre de ses gravures.

Les dessins
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02458 wittert

Maarten de Vos, Origène (dessin préparatoire à une gravure), encre brune et rehauts de gouache blanche, 16,2 x 21,2 cm, 1580, inv. 2458.

Moins nombreux que les estampes, les dessins du fonds Wittert sont tout aussi qualitatifs. Il est probable que Wittert ait constitué sa collection de dessins, en parallèle à celle d’estampes : lors d'achats dans des ventes publiques prestigieuses ou par contacts directs avec des marchands.

Les dessins anciens du fonds Wittert font actuellement l'objet d'une étude scientifique, dans le cadre du Wittert Project.

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